Conférence de presse de Sarkozy: vers une privatisation de France 2

Publié le par TRICARD

Disons-le tout net: le débat sur la suppression de la publicité sur les chaînes du service public est dépassé. Ou plutôt, les participants au débat (ici Laurent Fabius dans un article du Monde) semblent dépassés pas les évènements.

Ca, c'est de la comm' !!!

Le Président a repris la main. Ses contempteurs commençaient tout juste à s'emparer de ses frasques égypto-bolloré-bruniennes pour critiquer cette politique spectacle qui n'a cure des déboires de l'homme de la rue, que déjà il reprend la main et nous force (tous) à parler d'autres choses. Et qu'annonce-t-il? Pas moins d'une révolution culturelle: suppression des 35 heures, instauration d'une politique de quotas, inscription de la diversité dans la Constitution, et...suppression de la pub sur les chaînes du service public. Libé a beau titrer "habile mais hors sujet", c'est l'habile qui l'emporte, car déjà le débat porte sur ce qu'a dit le Président, plus sur ce qu'il vient de faire...

Deux options: diminution des ressources ou privatisation d'une chaine

Mais si la réforme sur la suppression de la pub passe, que va-t-il se passer?

Comme le souligne Fabius dans l'article du Monde cité plus haut, il est impensable que le manque à gagner (environ 800 millions d'euros) pour les chaînes du public soit intégralement compensé par une ponction des gains du privé. Tout au plus seront-elles taxées à 15 ou 20% de cette somme. Je souligne que les écrans de TF1 et de M6 aux heures de grande écoute, c'est-à-dire là où ils sont les plus chers, sont déjà encombrés. Donc, soit la loi assouplit la réglementation en matière de coupures pub (seconde coupure, écrans plus longs - ils sont aujourd'hui limités à 12 minutes par heure glissante), soit les tarifs augmentent, l'offre régie ayant diminué de moitié. Ce sera probablement les deux, mais l'absorption par le privé des ressources publicitaires du public ne devrait pas être intégrale.

Moins de sous pour le secteur public, c'est la porte ouverte à la revente d'une chaine. Ainsi, on concentre les moyens sur un nombre restreints de chaines, mieux financées, et libérées des contraintes commerciales. Un modèle idéal, un modèle à la BBC. Un modèle qui fait rêver...

Mais quid de la chaine à vendre?...

L'autre option, et Sarkozy est sûrement en train de le préparer, c'est la vente d'une des chaînes de France Télévisions. Or, deux acteurs majeurs de l'économie française amis du Président sont susceptibles d'être intéressés: Lagardère, déjà très actif dans les médias, et Bolloré, aujourd'hui entré dans la TNT avec Direct 8.

Le groupe Lagardère s'étant déjà fait avoir avec la défunte 5, gouffre financier racheté à Berlusconi et fermé en 1992, le seul canal qui pourrait intéresser ces acteurs est celui susceptible de rivaliser avec la toute puissante TF1: le deuxième canal.

On s'achemine donc, tout droit, avec cette annonce, si elle est suivie d'effets, à une privatisation de France 2.

Pour aller plus loin, lire l'excellent livre d'Alain de Greef: Vous regardez trop la publicité, éd. Flammarion dans lequel l'ancien patron des programmes de Canal+, revenu de tout, préconise cette solution pour réinjecter de la concurrence dans le PAF et pour créer un pôle public plus proche dans l'esprit de la BBC.

Publié dans media-tv

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