BFM TV, la chaîne aux beaux coups

Publié le par Chris AUSTIN

Qui aurait pu parier qu'une chaîne d'information montée de toute pièces et issu d'un petit groupe de communication allait être au centre de l'actu? Qui aurait cru qu'un ancien cadre dirigeant de NRJ arriverait à faire de l'information sérieuse et à monter un groupe de communication centré, non sur la musique ou l'entertainment, mais bien sur la news et l'économie. Qui aurait cru que Radio Monte Carlo, station para-étatique exangue allait remonter la pente? Personne. Ou si, justement, une personne : Alain Weill.

Né en 1961, titulaire d'une Licence de sciences économiques et diplômé de l'Institut Supérieur des Affaires (groupe HEC/ISA), Alain Weill débute sa carrière en 1985 comme Directeur du réseau NRJ puis devient DG de Quarare (groupe Sodexho) de 1989 à 1990. Il rejoint alors la CLT, d'abord en tant qu'Attaché de direction générale puis intègre M40 (radio dance de la CLT transformée depuis en RTL2) en tant de PDG jusqu'en 1992. Cette année là, il devient DG du groupe NRJ (1992-2000) et est nommé Président de NRJ Régies (1995-2000) et Vice-Président du Directoire de NRJ (1997-2000). Depuis 2000, Alain Weill occupe le poste de Président du Directoire de Next Radio. Il assume également les fonctions de Président de RMC Info depuis 2001, de Président de BFM depuis octobre 2002 et de BFM TV depuis 2005. Il faut être sacrément fort pour racheter une radio comme RMC.
L'histoire n'est pas simple. Vendue par les laboratoires Pierre Fabre en 2000, RMC (radio en perdition) est rachetée par NRJ Group. Mais la loi interdit à un même groupe de desservir, par le biais de ses différents réseaux, plus de 150 millions d'auditeurs potentiels. NRJ Group renonce à l'acquisition. Trois semaines plus tard, Alain Weill démissionne et crée NextRadio (dont le capital est réparti entre le public (32 %), le fonds d'investissement Alpha Radio (27 %) et Alain Weill (35 %)).

RMC change comme rarement. Se crée enfin une identité, se positionne en radio tout info, format talk à l'américaine. Peu de programmes, de grosses tranches d'information identifiables (talk santé avec l'ancien "doc" de Fun Radio ; programmes de sexualité et de couple avec Brigitte Lahaie). La radio lance surtout la stratégie d'exception d'Alain Weill : les gros coups. En 2002, Alain Weill lance son premier pavé dans la mare de l'audiovisuel : il achète (première fois dans l'histoire de la radio) l'exclusivité des droits de diffusion de la coupe du Monde de foot. Tout le monde hurle. La radio commence à exister En 2003, RMC renoue avec les bénéfices (première fois depuis 20 ans). Dès lors le style RMC info est lancé : info, talk, sport, pointures et personnalités, et montée en force des programmes. Dès lors, le style Weill est lancé : de gros coups, en vrai challenger, en vraie intelligence avec le marché. Sa volonté propre, la jeunesse de son groupe, l'opportunisme et la réflexion sur ce que sont les médias le rendent actif et réactif, dans un monde audiovisuel verrouillé par les acteurs en place. En 2002, le groupe NextRadio se développe avec l'acquisition de la radio parisienne de l'économie BFM (en redressement judiciaire). 2005. Une nouvelle opportunité. Appel à candidature pour une chaîne sur la TNT. Le groupe propose deux chaînes. Deux chaînes d'information, fondé sur les marques du groupe. Tout d'abord RMC Sport (retoquée par le CSA car la chaîne n'aurait pas eu d'image de foot pour développer son antenne), et une chaîne d'information : BFMTV.


Le petit poucet
Difficile pour un groupe radio centré sur le talk (pour sa plus grande station de radio) et sur l'info économique (pour sa plus petite), pour se lancer dans... la télévision. (oui la télévision demande des moyens financiers, techniques, humains incroyables). Pis, dans l'information (oui l'information demande des moyens financiers techniques, humains incroyables et des retours sur investissements pour le moins aléatoires). BFM TV est finalement choisie par le CSA. Le concept : de l'info, de l'info, de l'info en continu. Et des magazines le soir. Un traitement : à la polonaise. Non, ne riez pas, le modèle de la chaîne d'info est un modèle polonais. A savoir, un grand studio peint en vert. Quelques caméras qui fonctionnent toutes seules, un ordinateur pour incruster des décors, des accords avec des boîtes qui font de l'info (depuis des chaînes internationales jusqu'à des agences de presse) et roule!! Après avoir évoqué un accord avec CNN qui ne se fera pas, la chaîne est lancée le 28 novembre 2005. Là encore, le style Weill détonne.


Comment faire beaucoup avec peu
Il recrute des pointures au chômage (Ruth Elkrieff et Olivier Mazerolle), débauche d'autres futures pointures (Stéphanie de Muru et Jean-Alexandre Baril de i>télé, Thomas Sotto de France3 et Direct8, Florence Duprat de France2 et Bloomberg, Marc Autheman de Direct8). Mais, surtout et avant tout, il crée un style différent.

Un style qui ringardise toutes les chaînes de télévision d'information. LCI déjà mis à mal lorsque i>télé trouva sa formule (en 2003-2004) est loin derrière sur le ton, la jeunesse et le style direct ; engoncée dans son trop grand sérieux, son terroir politique et l'économie des grands décideurs en cravate, cigare et remonte chaussettes. I>télé également, qui change sa formule pour son passage sur la TNT, perd de sa légèreté sérieuse, son ton décalé et peine à trouver une formule où l'information est première. BFM TV redéfinit les codes graphique, les codes de réalisation, le ton et le traitement de l'information. Avec brio, une fois de plus.
 


A l'américaine. Parfois trop d'ailleurs. Le brief demandé à son agence d'habillage fait penser à quelques référentiels : CNN, Fox News, les chaînes locales de NewYork et celle de Toronto. Il y a des terres qui tournent, il y a des faisceaux orange, il y a pléthore de 3D, il y a des animateurs de plain pied qui regardent la caméra. Il y a la grosse voit qui dit "BFM Soir avec Florence Duprat". Il y a la barre d'information (total plagiat de CNN -désolé pour DreamOn). Brillant. Too much. Il y a aussi les nombreuses coupures pub durant les journaux (et les décisions du CSA qui tancent le goupe de respecter la législation). Il y a tout ça, mais aussi et surtout, pas beaucoup d'info. L'info coûte cher. Il y a beaucoup de rediffusions, surtout en journée. Il y a des réalisateurs qui peinent avec la technique et les jingles. Il y a des présentateurs qui ont du mal. Il y a des plateaux aux éclairages mal conçus. Mais il y a surtout des résultats d'audience. A quasi égalité avec i>télé. Parce que BFM est réactive. Parce qu'il y a de l'info, que de l'info et pas de talk (qui coûte moins cher mais qui n'est pas forcément de l'info). Alors oui, le bilan c'est que BFM est jeune, dynamique et en pleine réussite. Mais la durée d'écoute est faible. Avec l'impression de toujours voir la même chose. Mais Alain Weill et ses équipes (Guillaume Dubois, Gregory Samak...) n'ont pas dit leurs derniers mots. La chaîne augmente en puissance. Plus de programmes, de nouveaux habillages et voilà le 9 mai 2007 la version 2. La chaîne est là et bien là pendant les temps forts de la présidentielle. Là encore NextRadioTV (oui, TV depuis l'arrivée de BFM) réalise un coup. Un coup de maître et de génie.


Quand on n'a pas d'argent on a des idées
Et BFM TV en a. Pour des raisons peu claires, Canal+ fait une erreur. Celle d'accepter (ou de refuser) le débat entre le 3ème et la deuxième. Entre François Bayrou et Ségolène Royal. Choisie parce qu'elle était la chaîne à la plus belle identité, celle qui s'implique dans l'info et dans la politique, Canal+ refuse finalement de diffuser le débat (pour de sombres raisons). C'est évidemment à ce moment là qu'Alain Weill réagit. BFM TV diffusera l'événement. Déjà la chaîne s'était mise à mal avec ses petites camarades lors des primaires au PS. Diffusant sans autorisation les images de LaChaîneParlementaire. Le CSA dira finalement qu'elle avait le droit de le faire. Mais c'est cela BFM TV. Prendre des sujets symboliques pour faire avancer les choses. Monter au créneau, au bénéfice des téléspectateurs. Prendre les puissants à partie, pour exister et faire son trou. Faut il détester cela? BFM TV le fait en bonne intelligence, dans le sérieux et le ton et l'enthousiasme naturel de vrais journaliste. Et commence à devenir crédible. Beaucoup de téléspectateurs qui n'avaient jamais regardé, sans doute jamais entendu parler de BFM TV vont ainsi découvrir, en pleine campagne électorale, que "la nouvelle chaîne de l'information" existe. Le décorum du débat a beau être moche, de pauvre pendrions "BFM" tendus en fond... qu'importe, les images seront reprises partout.




BFM TV a su grandir avec l'extension de l'initialisation de la TNT
La V3 de la chaîne a été mise à l'antenne le 4 juin dernier. Un habillage entièrement et totalement mis à neuf et plutôt réussi, dans une continuité-facilité des habillages précédents. Toujours aussi grand public (avec débauches de "zooms" sonores et d'effets 3D), mais particulièrement efficace. Les décors virtuels ont également été changés. Et là, c'est une très grande réussite. Une quasi perfection. Mieux, l'éclairage et les fonds verts sont désormais totalement maîtrisés. L'image est belle. On peut passer aux contenus. Et là également c'est une bonne évolution de la chaîne. Au delà des coups (de génie) qui ont fait BFM TV, désormais, les programmes sont variés, nombreux, identifiés par des marques fortes : "Première édition", "QG", "Info 360"...

Tout... pour faire que la durée d'écoute augmente. Que la chaîne continue à concurrencer i>télé. BFM TV permet au PAF d'avoir enfin une diversité et un dynamisme sur la thématique 'info. Entre i>télé et BFM TV (sur la TNT gratuite), il y a deux styles, deux manière d'appréhender l'info. Toutes les deux sont désormais crédibles et n'ont pas à rougir de leurs programmes, bien au contraire.

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